L'INTERVIEW de Pierric Annoot, Secrétaire Général du MJCF

 

Interview de Pierric Annoot, après sa réélection au poste de Secrétaire Général du MJCF. Malgré la fatigue en cette fin de congrès, il accepte de répondre aux questions des JC de l'Isère pour leur blog et le Travailleur Alpin. pierrick_anoot.jpg

 

Peux-tu me dire en quelques mots où en est la JC à l'heure actuelle ?

Pierric Annoot: La JC se porte bien parmi les organisations de jeunesses. Elle est implanté dans plus de la moitié des départements en France après une période difficile à la fin des années 90. Le MJCF s'est bien développé au début des années 2000 avec les mouvements de résistances: guerre en Irak, CPE, constitution européenne, etc... C'est une organisation politique qui a vocation à rassembler un maximum de jeunes pour changer la société, et doit donc diversifier son intervention. Ceci a fait débat pendant ce Congrès: est-ce qu'on leur récite des livres de théories, ou est-ce qu'on part de ce qu'ils vivent au quotidien pour ensuite les amener sur autre chose ? Je pense que c'est la deuxième perspective qui fait vivre la JC et qui a permis son renforcement.


 

Le Congrès vient de se terminer, quelles sont tes impressions ?

 

Pierric Annoot: D'abord, ce qui me questionne sur nos débats, c'est le recul de la fraternité dans notre organisation, même si cela reste relatif. Au-delà de la JC, cela doit interroger toute la société. Aujourd'hui, il y a une telle violence sociale, une telle précarité et finalement tellement de difficulté pour trouver des issues politiques aux luttes afin d'ouvrir des perspectives de changement de société, que beaucoup de jeunes se figent dans des positions très radicales. Avec ce manque d'issues, tout cela se cristallise et nos débats passionnés puisque nous sommes dans une période de crise du capitalisme où l'on sent qu'il y a plein de choses possibles, mais dans le même temps c'est compliqué de trouver comment s'orienter et sur quoi s'appuyer. De fait, cela crée un peu de fraction politique, mais ça fait partie du jeu. C'est ce qui nous fait avancer aussi, et finalement on peut tirer un bon bilan.


 

Tu parlais de crise du capitalisme tout à l'heure, comment vois-tu la place des jeunes communistes dans cette période trouble ?

 

Pierric Annoot: Elle est fondamentale, notamment parce que les jeunes sont ceux qui s'en prennent le plus « plein la tronche » avec la crise: en terme d'emploi, de précarité et dans tout les domaines de la vie. La JC a donc un rôle fondamental pour s'adresser aux jeunes, et essayer de faire en sorte qu'ils se retrouvent dans l'organisation. À la JC, on dit souvent que ce ne sont pas les jeunes qui ne font pas de politique, mais bien la politique telle qu'elle se fait qui ne convient pas à leurs aspirations. D'ailleurs, on voit bien comment la droite s'attaque à leurs vies, notamment par le monde du travail et de l'éducation, en mettant concurrence les générations pour tirer l'ensemble des travailleurs vers le bas. Nous, à l'inverse, on pense que la jeunesse est un véritable moteur de transformation sociale, car quand elle se mobilise, elle est capable de transcender tout les clivages de générations et de faire bouger beaucoup de choses. Donc, il est évident que la JC a un rôle fondamental à jouer en période de crise pour déjà en sortir, et pour faire vivre d'autres logiques d'organisation de la société.


 

La JC fête ses 90 ans cette année, le communisme est-il toujours d'actualité ?

 

Pierric Annoot: Oui, oui ! On avait pensé à ça et comment on prend les choses... On pouvait dire: « 90 ans et toujours pas changé la société ! » (rires) Plus sérieusement, je pense que non on ne prend pas un coup de vieux, bien au contraire c'est un sacré coup de jeune ! Quand on fait un retour sur notre histoire, celle de la JC et de l'ensemble du mouvement communiste en France, elle est quand même marquée par toutes les grandes luttes du siècle dernier et tout les grands acquis sociaux: le Front Populaire, la lutte contre le fascisme, le CNR, le service public, la sécurité sociale... Sans oublier les grandes batailles internationalistes comme la lutte contre la colonisation en Algérie, au Maroc... Enfin la JC a traversé cette période par des grandes luttes, mais y compris des batailles quotidiennes pour développer les droits des jeunes, pour lutter contre la précarité, pour développer le droit au travail, la citoyenneté ou l'éducation... Donc moi finalement, je pense que 90 ans c'est pas vieux, notamment en période de crise du capitalisme, où on voit bien qu'il est dans une impasse car il est incapable de répondre aux besoins qui s'expriment. Le communisme c'est justement ça: inverser la machine et sortir des logiques marchandes tout les droits fondamentaux, tout les biens communs et répondre aux besoins pour faire vivre d'autres logiques d'organisation de la société. Aujourd'hui c'est la seule voie de sortie de la crise. Dans communisme il y a mise en commun, on voit bien que tout appelle dans la société aujourd'hui pour qu'on sorte du marasme, il y a un besoin de mise en commun des connaissance, de partage des savoir au travers de la planète, des richesses, des pouvoirs... Le communisme est donc plus que jamais d'actualité et plus que jamais moderne en pleine crise du capitalisme. Après, c'est à nous de le faire germer et d'en faire prendre conscience dans la société.


 

Pour finir, quelles sont les perspectives pour les jeunes communistes dans les prochains mois ?

 

Pierric Annoot: Dans les prochain mois, la bataille sur la réforme des retraites va nous occuper puisqu'elle va nous frapper de plein fouet, même si c'est difficile pour les jeunes d'y entrer. Au-delà du fait que cela touche nos vies, c'est un véritable choix de société. Est-ce qu'on considère que c'est parce que l'on vit plus longtemps que l'on doit crever plus longtemps au travail ? Ou au contraire, on explique que cette période-là on peut l'utiliser à faire autre chose ? Et sur la question du financement, c'est aussi un choix de société: est-ce que l'on choisit de prendre l'argent des travailleurs, ou bien on s'attaque à la finance, on fait cotiser les marchés financiers, pour une nouvelle fiscalité qui permette de répartir les richesses en s'attaquant au coeur des logiques capitalistes. De plus, on nous dit qu'on ne peut pas financer la retraite alors qu'il y a des milliers de jeunes sans emplois. Si déjà on leur donnait du travail, ça ferait plus d'argent qui entrerait dans la protection sociale. Enfin, il y a tellement de luttes avec : accès soins, éducation, universités... Sans oublier la solidarité internationale, nous lançons un campagne pour la libération de Salah Hamouri et Marwan Barghouti et nous aurons un voyage au Moyen-Orient de solidarité cet été. Le calendrier sera très chargé, mais je crois que les Jeunes Communistes sont déterminés.

Propos recueilli par Mika

 

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